J’ai tenu à vous faire partager, dans cette rubrique, des informations sur la fabrication, pour expliquer certains points qui me paressent importants pour que vous puissiez vous faire une idée plus juste du travail effectué, et peser également le pour et le contre sur les différents procédés.
Je ne vais pas vous détailler toute la fabrication mais certains rangs que je trouve judicieux d’expliquer.
Clous ou vis ?
L’assemblage des cotes peuvent s’effectuer de plusieurs façons, soit on utilise des clous à tête plate ou à molletons, soit on peut utiliser des vis qui débouchent dans les cotes, ou au contraire avec des têtes apparentes logées dans le manche.
Quand j’emploie le mot clou c’est plus précisément du fil que l’on coupe à la bonne dimension et que l’on cloue.
Je laisserais de côté les vis avec les têtes apparentes, qui sont utilisées pour des couteaux bien spécifiques.
Le montage des cotes avec les vis qui débouchent dans les cotes est surtout utilisé pour un montage rapide, avec ce principe on ne monte le couteau qu’une seule fois (photo 1), on peut ensuite passer directement au ponçage de l’ensemble du couteau (photo 2)
Avantage : montage rapide, risque de casse réduit, convient pour les personnes qui n’aiment pas avoir des molletons ; cela permet également d’avoir le manche lisse.
Inconvénient : le filet des vis est apparent sur ¼ du diamètre apparent (photo 3), avec ce mode de montage on ne peut pas avoir un guillochage ressort fin tel qu’une gravure, seul le guillochage lime ou à la meule sont supportés. Le burin quant à lui peut être utilisé sous conditions de graver en profondeur, malgré tout il y aura un risque élevé d’effacement de la gravure au ponçage.
Le montage avec un clou à tête plate est utilisé pour les mêmes raisons que le montage par vis.
Avantage : montage rapide, convient pour les personnes qui n’aiment pas avoir des molletons cela permet également d’avoir le manche lisse.
Inconvénient : risque d’avoir ce que l’on appelle « l’œil de perdrix » sur les cotes en corne (photo 4) le mode de montage est identique à celui avec vis.
Le montage avec des clous à molletons est le montage à l’ancienne, c’est celui que j’affectionne et que j’utilise sur mes couteaux. Il permet d’avoir des gravures fines, et de pouvoir faire un contraste avec les platines brillantes et le ressort mat.
Avantage : idéal pour les personnes qui aiment le charme des couteaux anciens à molletons.
Si accouplé à plusieurs montages et démontages ils permettent des gravures très fines sur les ressorts ; ils permettent également de faire un contraste mat et brillant entre le ressort et les platines.
Inconvénient : nécessite un double montage des cotes.
Il y a le double montage que je vais appeler simple, et qui consiste à assembler les cotes avec les platines (photo 1) pour pouvoir les façonner (photo 2) ; ensuite on assemble le couteau (photo 3), puis il faudra reprendre à la bande le contour pour que le ressort soit au même niveau que les platines et les cotes, suivra enfin le polissage.
Avantage : permet le montage à molletons
Inconvénient ne permet pas de gravure fine sur le ressort, ne permet pas d’avoir le ressort mat et les platines brillantes.
La deuxième solution est le double montage multiple, c’est celui que j’utilise. Il prend beaucoup de temps, mais permet de pouvoir avoir des gravures très fines sur le ressort, et un contraste avec le ressort mat et les platines brillantes.
Cela consiste tout d’abord à faire un premier montage ainsi que l’ajustage du squelette du couteau (photo 4) ; ensuite on met à niveau tout le dos du couteau (photo 5), on démonte le tout pour pouvoir assembler les cotes avec les platines (photo 6), on façonne ensuite le tout (photo 7), on passe à la frotte (photo 8), puis démontage et remontage du couteau (photo 9). Mettre ensuite à niveau le dos du couteau, car d’avoir façonné les cotes cela à diminué les platines, et le ressort dépasse à nouveau (photo 10) ; on en profite pour repasser à nouveau un coup de frotte (photo 11), puis on démonte, et on peut passer à l’étape suivante qui consiste à graver le ressort
Il restera par la suite à faire le montage final, mais cela ne se fera qu’une fois que toutes les pièces seront préparées.
Avantage : permet d’avoir des molletons, permet de faire un contraste mat et brillant entre le ressort et les platines, permet d’avoir des gravures très fines sur le ressort.
Inconvénient : demande énormément de temps dans la fabrication du couteau.
Les outils utilisés pour réaliser mes sculptures sont des limes, des grattoirs fait maison et des fraises de prothésiste (photo 1).
La sculpture peut être faite en 3D ou en bas relief, les matériaux que je sculpte sont l’ivoire de Mammouth, les défenses de phacochère, l’os de girafe stabilisé, le cerf ou la nacre. Pour cette dernière, il faudrait peut être mieux employer le terme de gravure.
Mes gravures sont réalisées avec des fraises de prothésiste, d’où mon appellation, avec le terme style burin pour les désigner, car elles ressemblent à celles faite par un burin. Je compte cependant m’essayer à la gravure burin.
Avantage : on peut avec les fraises creuser plus en profondeur pour mettre en valeur certains détails.
Inconvénient : on est limité par la grosseur de la fraise quand on veut faire des traits très fins.
Au départ c’était surtout pour décorer et apporter une touche personnelle à mes couteaux. Depuis, c’est devenu un peu ma marque de fabrique, même si je sais que d’autres couteliers peuvent décorer leurs clous, ce qui reste malgré tout très rare pour ne pas dire marginal.